L’importance du facteur temps : les conséquences des changements climatiques sur les interactions entre prédateurs et proies

Publié le mardi 17 avril 2018

Le décalage entre divers événements du cycle de vie (qu’on appelle phénologie) des espèces qui interagissent entre elles, comme les prédateurs et leurs proies ou les plantes et leurs pollinisateurs, figure souvent parmi les conséquences des changements climatiques.

Heather Kharouba, professeure à l’Université d’Ottawa, a dirigé des recherches qui révèlent que le décalage entre la chronologie relative de certains événements biologiques clés a pris de l’ampleur depuis l’avènement récent des changements climatiques. Ses observations laissent présager des bouleversements à grande échelle sur la synchronie des interactions entre les espèces, bouleversements causés par le changement climatique.

Kharouba, Heather

Heather Kharouba

« Nous avons pu démontrer qu’en moyenne, la chronologie relative de certains événements biologiques importants, comme l’apparition de la première fleur par rapport à l’arrivée des insectes au printemps, a changé depuis le début des années 1980, » explique Heather Kharouba.

En créant une nouvelle base de données globale sur la chronologie saisonnière des événements biologiques liés aux interactions entre différentes paires d’espèces, la professeure Kharouba et ses collègues ont pu comparer la chronologie relative associée à 54 paires d’espèces terrestres et aquatiques interreliées entre 1951 et 2013. Les auteurs de l’étude ont constaté qu’en moyenne, la phénologie des espèces considérées individuellement a pris 4 jours d’avance par décennie depuis 1981, comparativement à 2,7 jours par décennie avant 1981. La synchronie entre les paires d’espèces a également changé de 0,97 jour par décennie avant 1981 à 6,1 jours par décennie après cette date.

« Les changements qui touchent les premiers maillons de la chaîne alimentaire pourraient avoir un effet d’entraînement sur les autres. Par exemple, la chronologie relative de la prolifération d’organismes unicellulaires semblables à des plantes et d’animaux microscopiques qui habitent au fond du lac Washington, aux États-Unis, connaît aujourd’hui un décalage de près de 34 jours, » ajoute Heather Kharouba.

Fait intéressant, pour certaines paires d’espèces, le nombre de jours qui sépare les événements phénologiques est désormais plus important qu’il y a 35 ans, tandis que pour d’autres paires, ces événements sont maintenant plus rapprochés au cours d’une même saison.

« De nombreuses questions demeurent toutefois. Comment ces changements influeront-ils sur la pollinisation? Les prédateurs deviendront-ils plus ou moins nombreux? Je cherche maintenant les réponses à ces questions, » conclut la professeure.

L’article complet, Global shifts in the phenological synchrony of species interactions over recent decades, a été publié dans la revue scientifique PNAS.

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