Les pompiers absorbent de dangereux produits chimiques par la peau, selon une étude

Publié le mercredi 18 octobre 2017

Captain David Matschke

Captain David Matschke

Le capitaine David Matschke est bien au fait des dangers auxquels il s’expose au travail. Pompier depuis 32 ans, il est formé

pour accourir sur les lieux d’une maison incendiée, d’un accident de voitures ou même d’un accident de travail, cassant des fenêtres et des portes pour évacuer les occupants, s’exposant à de nombreux dangers. Mais mis à part le feu lui-même, une étude publiée aujourd’hui dans la revue Environmental Science & Technology jette un nouvel éclairage sur une autre menace, encore plus insidieuse, qui pourrait menacer la santé des pompiers: les produits chimiques toxiques contenus dans la fumée.

Une équipe de chercheurs de l’Université d’Ottawa a étudié, en collaboration avec Santé Canada, l’Université de Toronto et l’Institut national de santé publique du Québec, le niveau d’exposition à des produits chimiques des pompiers du Service d’incendie d’Ottawa sur le terrain, pendant leurs opérations d’urgence, de janvier 2015 à avril 2016.

L’équipe a récolté des échantillons d’urine et de frottis cutanés des pompiers au début de leur quart de travail et à la suite d’un incendie, pour savoir s’ils avaient été exposés à des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), qui peuvent causer des mutations de l’ADN et le cancer, ainsi qu’à d’autres produits chimiques nocifs qui se retrouvent souvent dans la fumée.

«Les pompiers avaient de trois à cinq fois plus de métabolites, ou de sous-produits d’HAP, dans leur urine après avoir combattu un incendie », explique Jennifer Keir, chercheuse à l’Université d’Ottawa et auteure principale de l’étude. «Le pouvoir mutagène de l’urine, qui révèle la possibilité de mutations génétiques, augmente aussi en moyenne plus de quatre fois après un incendie.» Comme l’urine contient les déchets et les toxines du sang filtrés par les reins, son pouvoir mutagène est un bon indicateur de la présence de composantes nocives dans le sang des pompiers.

Graphique démontrant les résults des échantillons d'urine collectés auprès des pompiers

Des études antérieures ont démontré que les pompiers sont plus à risque de souffrir d’un cancer et d’autres maladies graves que la population en général, en raison de leur contact avec les produits chimiques dangereux contenus dans la fumée. Cette nouvelle étude est la première à examiner le fait d’être exposé à des produits chimiques pendant une situation d’urgence, soit l’extinction d’un incendie.

Jules M. Blais

Jules Blais

L’équipe de recherche a obtenu un résultat inattendu : la façon dont les produits chimiques observés pénètrent dans le corps d’un pompier. En effet, l’équipe a découvert un lien important entre les métabolites d’HAP contenus dans l’urine et les niveaux d’HAP sur la peau, suggérant que les pompiers sont exposés à des substances chimiques dangereuses par contact cutané plutôt que par inhalation.

« Nos résultats suggèrent que la meilleure façon de réduire l’exposition des pompiers à des produits de combustion nocifs est de limiter l’exposition de la peau à des produits chimiques », précise Jules Blais, professeur de toxicologie environnementale à l’Université d’Ottawa et chef de l’équipe de recherche. « Notre étude démontre la façon dont les pompiers sont exposés à des substances chimiques dangereuses, ce qui nous aide à trouver des moyens de réduire leur exposition, et, on l’espère, limiter l’apparition de maladies. »

« J’ai vu beaucoup de mes pairs et de mes amis se battre contre des maladies causées par leur travail », raconte David Matschke. « Les preuves que nous détenons sur les produits chimiques auxquels nous sommes exposés et sur les voies d’exposition nous permettront d’améliorer nos procédures et notre équipement, et donc de réduire le nombre de maladies causées par le travail, et de vivre en meilleure santé et plus longtemps! »
Pour plus de renseignements :

«Elevated Exposures to Polycyclic Aromatic Hydrocarbons and Other Organic Mutagens in Ottawa Firefighters Participating in Emergency, On-shift Fire Suppression»

  • Photos et video disponibles sur demande

Personne-ressource pour les médias

Amélie Ferron-Craig
Agente de relations avec les médias
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