Une étude révèle la présence de contaminants dans un lac de l’Alberta, causée par la production in situ de bitume

Publié le mardi 30 août 2016

Les travaux menés par les chercheurs de l’Université d’Ottawa en collaboration avec le ministère de l’Environnement et des Parcs de l’Alberta ont mis en lumière une augmentation des concentrations d’hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) dans les sédiments de lac près des puits de forage in situ, depuis le début (dans les années 1980) de l’exploitation pétrolière dans les sables bitumineux à Cold Lake. Les HAP, un ensemble hétérogène de contaminants organiques, ont été associés au cancer et diverses autres pathologies humaines.

« Quand nous songeons aux sables bitumineux de l’Alberta, ce qui nous vient le plus souvent à l’esprit, ce sont les grands sites d’excavation de la région d’Athabasca », observe Jennifer Korosi, chercheuse postdoctorale à l’Université d’Ottawa à l’époque de l’étude et actuellement professeure à l’Université York. « Mais en fait, la majorité des réserves de bitume au Canada se trouvent profondément sous terre et on ne peut les extraire qu’au moyen de puits de forage in situ. Ce secteur a connu une telle croissance qu’on n’a pas eu le temps d’en étudier les répercussions environnementales. »

L’extraction souterraine consiste à injecter de la vapeur à haute pression dans les sables bitumineux, afin de chauffer ceux-ci et de les liquéfier, ce qui facilite leur extraction au moyen d’un puits. Au printemps 2013, l’exploitation in situ a reçu une attention nationale soutenue lorsque les médias ont rapporté la découverte d’une grande fuite de bitume dans le sitePrimrose de Canadian Natural Resources Ltd., sur le polygone de tir aérien de Cold Lake. Par la suite, un rapport publié par l’organisme de réglementation Alberta Energy Regulator a conclu que cette fuite s’était produite à cause de fissures dans le substrat rocheux, provoquées par le système d’injection de vapeur à haute pression, ce qui s’était ajouté aux conditions géologiques particulières de la zone.

« Les fuites de bitume récentes à Cold Lake représentent un exemple bien évident des effets possibles de l’extraction in situ sur l’environnement », souligne Jules Blais, professeur de biologie et de toxicologie environnementale à l’Université d’Ottawa, qui a mené l’étude. Il explique que cette dernière a démontré une augmentation graduelle et à long terme d’hydrocarbures. « Ceci dénonce l’existence de voies permettant le rejet des éléments polluants dans l’environnement, autres que celles se rapportant à ces incidents bien connus », poursuit-il.

Comme les polluants dans la région ne font pas l’objet de contrôles documentés à long terme, les chercheurs ont donc étudié des carottes sédimentaires prélevées au fond d’un petit lac situé près de l’emplacement de la fuite afin d’établir l’historique des contaminants environnementaux à travers les derniers siècles. Les résultats de l’étude, publiés aujourd’hui dans la revue Environmental Pollution, ont révélé que les niveaux de HAP avaient nettement augmenté de manière constante à partir des années 1980, lorsque l’exploitation des sables bitumineux a commencé. « Il faut cependant noter que bien que ces contaminants aient manifestement augmenté depuis le début de l’exploitation, leurs concentrations demeurent néanmoins faibles », tient à préciser le professeur Blais, « et ce, comparées non seulement aux lacs urbains typiques, mais aussi aux lacs se trouvant à proximité des mines à ciel ouvert dans la région des sables bitumineux de l’Athabasca. »

« L’attention a été focalisée sur les mines à ciel ouvert dans l’Athabasca, tandis que les répercussions environnementales que peut causer l’exploitation in situ ont été largement ignorées », déclare, quant à lui, Colin Cooke, chercheur scientifique auprès du ministère de l’Environnement et des Parcs de l’Alberta et professeur auxiliaire à l’Université de l’Alberta. « Notre étude est importante, car elle met en relief le besoin urgent de mieux comprendre de quelles manières le forage sur place entraîne le rejet de substances chimiques dans l’environnement ».

Pour plus de renseignements, lisez l’étude au complet (en anglais).

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