L’art de la mémorisation

À mon avis, « mémorisation » est le mot tabou des étudiants de ma génération. Vous avez sûrement entendu maintes fois dans vos cours : « Il ne s’agit pas de tout apprendre par cœur, mais de comprendre ». À cause de cette vision négative de la mémorisation, de nombreuses personnes ont développé une grande appréhension envers cette activité. Pour la plupart des gens, la mémorisation semble une tâche intimidante et fastidieuse qui prend beaucoup de temps. Je crois toutefois que la mémorisation est fondamentalement l’inscription d’informations ou de concepts dans la mémoire, et que mémorisation et apprentissage sont essentiellement synonymes. Dans presque tous les domaines – et particulièrement en science et en médecine – savoir mémoriser efficacement de grandes quantités d’informations est une compétence essentielle, que cela nous plaise ou non. Je pense donc qu’il est avantageux pour tous les étudiants d’essayer de développer leurs compétences en mémorisation.

Tout au long de mes études de premier cycle, j’ai essayé d’innombrables techniques d’étude, et j’en suis arrivé à la conclusion que la méthode de l’effet test (ou autoexamen) à répétitions espacées était la plus efficace. En tant qu’étudiant en sciences qui doit fonder ses conclusions sur des preuves, j’estime que la meilleure façon de corroborer cette hypothèse est de chercher des articles sur le sujet. L’effet test n’est pas un nouveau concept, et un très grand nombre d’études valident son efficacité. En cherchant dans des études récentes et plus pertinentes, j’ai trouvé un article de 2015 selon lequel la méthode de l’effet test à répétitions espacées était directement liée à des résultats supérieurs à l’examen d’accès à la profession médicale. 

Va pour la théorie. Mais comment l’appliquer à une méthode de mémorisation pratique qui fonctionne réellement pour soi? La réponse : Anki. Anki est un logiciel de cartes mémoire libre et gratuit fondé sur le principe des répétitions espacées. Aux États-Unis, 45 % des étudiants en médecine l’utilisent comme principale source d’apprentissage, et je m’en sers personnellement pour presque tous mes cours depuis 3 ans. Les prochaines sections de cet article porteront sur l’utilisation efficace d’Anki pour maîtriser l’art de la mémorisation.

Les principes à la base d’Anki

  • Il permet de créer plusieurs types de cartes mémo virtuelles : recto verso, texte à trous (où certaines parties d’un texte sont cachées), carte d’occlusion d’image (où des parties d’une image sont cachées) et bien d’autres.
  • Offert en version Mac (gratuit), PC (gratuit), Android (gratuit) et iPhone (payant), il se synchronise sur toutes les plateformes.
  • Des modules complémentaires issus de la communauté d’utilisateurs permettent la personnalisation et l’ajout de nombreuses fonctionnalités.
  • Le logiciel gère les répétitions et l’espacement pour vous de manière à produire une méthode d’étude normalisée.

Comment utiliser Anki pour vos cours

Étape 1 : Organisez vos notes

Afin d’utiliser efficacement Anki, vous devez avoir des notes prêtes à intégrer au logiciel. Il n’est pas conseillé de copier-coller tout le contenu de fichiers PowerPoint ou PDF dans Anki, car vous obtiendriez des cartes surchargées où l’information serait trop diluée. La stratégie optimale consiste à condenser continuellement vos notes pendant toute la session. Concrètement, cela signifie que vous devez combiner et condenser les documents PPT ou PDF qu’on vous distribue et les notes personnelles que vous prenez pendant les cours. Il s’agit donc, dans l’idéal, de supprimer toutes les informations excédentaires ou inutiles et de ne conserver que l’essentiel, en supprimant le « gras » de vos manuels de cours et en ajoutant vos notes personnelles importantes. À la fin de ce processus, vous devriez avoir des notes sous forme de liste à puces et que vous comprenez. Il est important de comprendre que ce processus n’est pas une perte de temps, mais plutôt la première étape de la mémorisation du contenu, car organiser l’information est un type d’apprentissage actif. Ce processus doit se faire le jour même ou la semaine même du cours; vous obtiendrez ainsi progressivement une somme croissante de notes condensées tout au long de la session. Ces notes, même sans Anki, sont extrêmement précieuses pour vous, car elles peuvent servir de référence chaque fois que vous aurez besoin d’information. Au lieu de parcourir des centaines de diapositives PPT, vous pourrez simplement accéder aux notes condensées que vous aurez prises et trouver l’information qui vous convient.

Étape 2 : Créez des cartes Anki

La création comme telle des cartes Anki ne devrait pas vous prendre beaucoup de temps, mais si vous attendez à la dernière minute, il pourrait être très long de créer toutes vos cartes d’un seul coup. Il est donc préférable, à mon avis, de créer vos cartes Anki progressivement, tout comme vous condensez vos notes. Pour créer des cartes Anki, vous devez d’abord installer le logiciel (https://apps.ankiweb.net/). Une fois le logiciel installé, je propose quelques modifications pour en optimiser l’utilisation. Tout d’abord, installez le module complémentaire (greffon, dans Anki) « Image Occlusion », qui vous permettra de créer des cartes mémoire à partir d’images (TRÈS utiles pour l’anatomie) (https://ankiweb.net/shared/info/1374772155). Un autre greffon extrêmement utile est le « format pack », qui permet la création de listes à puces (https://ankiweb.net/shared/info/295889520). Une fois les greffons ajoutés, vous pouvez commencer à créer des cartes mémoire. Comme il existe un très grand nombre de tutoriels en ligne sur l’utilisation d’ANKI, il n’en sera pas traité directement dans cet article.

Il est très important d’essayer de trouver un équilibre entre la difficulté de la carte (quantité d’information cachée) et la longueur de la carte (quantité d’information sur la carte). Je suggère de ne pas mettre trop d’indices sur la carte pour ne pas nuire au rappel en le rendant trop facile. L’apprentissage véritable se produit lorsque vous vous efforcez de vous souvenir du contenu. Par contre, vous ne voulez pas non plus que le contenu soit impossible à deviner en cachant tous les mots : vous voulez quand même savoir la question que vous vous posez! Une fois la carte créée, cliquez sur le bouton « Ajouter » pour l’ajouter au paquet et passez à la création de la carte suivante.

Continuez à ajouter des cartes en utilisant vos notes condensées jusqu’à ce que vous ayez couvert tout le contenu à étudier pour votre examen. Vous pouvez ensuite quitter la fenêtre « Ajouter » et revenir à l’écran principal d’Anki. Il est très important d’exporter le paquet avant de commencer à l’étudier! Pour ce faire, cliquez simplement sur l’icône de l’engrenage à droite du nom du paquet, puis sur « Exporter » et décochez « Inclure les données de planification ». Il est très important de sauvegarder vos paquets, car vous en aurez vraisemblablement besoin plus tard pour l’examen final ou d’autres tests ou cours.

Étape 3 : Étudiez vos cartes Anki

Comme je l’ai déjà mentionné, l’idéal est de créer vos cartes au fur et à mesure que vous suivez le cours; vous aurez donc un paquet de cartes complet plusieurs jours avant l’examen de mi-session. Pour moi, la meilleure technique d’étude consiste à répartir également les cartes d’un paquet sur un certain nombre de jours (généralement une semaine). Par exemple, si j’ai 150 cartes dans mon paquet et que j’ai 7 jours avant l’examen, j’étudierai 25 cartes par jour (150/6), et le dernier jour avant l’examen, je réviserai l’ensemble de mes cartes. Bien sûr, cet exemple peut être adapté et dépend de vos habitudes d’étude, mais essayez toujours de vous donner au moins 3 jours pour étudier toutes les cartes; j’ai en effet constaté qu’il y a une certaine limite au volume d’information mémorisable en une seule journée… Avant d’étudier votre paquet, il est important de régler quelques paramètres. À la page d’accueil, cliquez sur l’icône de l’engrenage à droite de votre paquet, puis sur « Options ». La première modification consistera à régler l’option « Nouvelles cartes par jour » sur un grand nombre, par exemple 500. Vous pourrez ainsi étudier une grande quantité de cartes sans que le logiciel vous arrête. La prochaine modification consistera à régler l’option « Intervalle pour les cartes faciles » sur un autre grand nombre, par exemple 15 jours. J’expliquerai la logique de ce changement plus tard.

Pour étudier vos cartes, il suffit de cliquer sur le paquet. Vous devriez voir à l’écran une carte où les mots que vous aurez sélectionnés seront remplacés par « […] ». En général, comme je ne sais pas vraiment ce que contient une carte la première fois que je la vois, je clique tout de suite sur « Afficher la réponse » (ou sur la barre d’espacement) pour révéler les mots cachés. J’essaie ensuite de mémoriser activement et d’étudier les concepts qui figurent sur la carte. Une fois que je me sens prêt à essayer la carte, je clique sur le bouton « Modifier » (ou sur la lettre « E ») pour ouvrir la fenêtre de modification, puis sur « Échapper », ce qui devrait masquer à nouveau la carte. J’essaie alors de trouver tout ce qui est caché, de mémoire. Une fois que vous avez fini d’essayer de découvrir tous les éléments cachés, cliquez à nouveau sur « Afficher la réponse » pour vérifier si vous avez réussi. Si vous avez trouvé qu’il était très difficile, voire impossible de vous souvenir des éléments cachés de la carte, cliquez sur le bouton « À revoir ». Le système remettra la carte dans le paquet et vous la présentera de nouveau dans quelques minutes. Si vous avez trouvé que c’était bien ou même facile à retenir, cliquez plutôt sur « Correct » pour remettre la carte dans le paquet à une distance moyenne. Ne cliquez jamais sur le bouton « Facile » la première fois que vous voyez une carte. Continuez à regarder de nouvelles cartes et répétez le processus consistant à essayer de découvrir le contenu, puis à cliquer sur « À revoir » ou « Correct ». Après quelque temps, vous reverrez une carte que vous avez déjà vue. Dans ce cas, n’affichez pas la réponse tout de suite comme vous le faisiez avec les nouvelles cartes. Essayez plutôt de vous souvenir du contenu et de trouver tous les éléments cachés, de mémoire. Cliquez ensuite sur « Afficher la réponse » pour voir si vous avez réussi. S’il a été très facile de vous souvenir de la carte et que vous êtes sûr de la connaître, vous pouvez alors cliquer sur « Facile ». La raison pour laquelle je suggère de régler le bouton « Facile » sur 15 jours, c’est pour ne plus revoir cette carte avant la révision finale. Ainsi, lorsque vous cliquez sur « Facile », c’est que vous connaissez très bien le contenu de la carte. Si vous n’êtes toujours pas sûr de la connaître par cœur, vous pouvez encore cliquer sur « À revoir » ou sur « Correct » pour remettre la carte dans le paquet. Ce processus se poursuit jusqu’à ce que vous ayez étudié toutes vos nouvelles cartes pour cette journée (le nombre de cartes divisé par le nombre de jours). Vous pouvez suivre votre progression en regardant les nombres qui figurent au bas des cartes. Le chiffre en bleu indique le nombre de nouvelles cartes qu’il vous reste, et le chiffre en rouge, le nombre de cartes à repasser que vous avez déjà vues. Après avoir étudié toutes vos cartes, vous pouvez supprimer le paquet. (Assurez-vous de l’avoir déjà exporté sinon vous le perdrez pour toujours!!!) Le jour de l’examen ou quelques jours avant, vous ouvrirez le paquet à nouveau (en important le paquet d’Anki que vous aurez exporté). Le paquet s’ouvrira à nouveau dans l’état où il était quand vous l’avez créé. Le plus souvent, je révise toutes mes cartes en revoyant chaque concept pour tester mes connaissances et m’assurer que je sais tout. Après tout cela, vous serez prêt pour votre examen. La magie d’Anki, c’est qu’il vous permet de revoir systématiquement tous vos concepts et de tester vos connaissances de manière impartiale.

Étape 4 : Devenez un expert

Anki offre des possibilités infinies d’utilisation, et tous les types de cartes sont personnalisables. Il existe un très grand nombre de modules complémentaires intéressants ayant chacun leur propre utilité. Je recommande fortement de parcourir le catalogue de greffons d’Anki et de chercher ce qui vous convient. Vous pouvez créer un compte web Anki pour synchroniser vos cartes sur tous vos appareils afin de pouvoir étudier en déplacement sur votre téléphone ou sur n’importe quel ordinateur. Il est même possible d’étudier les cartes sans le logiciel sur la version web d’Anki! Si vous avez un groupe de collègues qui travaillent avec Anki, vous pouvez aussi répartir le travail de création des cartes. Un collègue fait la moitié du paquet, l’autre fait l’autre moitié, et vous combinez simplement les deux pour obtenir un seul paquet commun.

Les techniques décrites ici sont des méthodes que moi et beaucoup de mes amis avons trouvées pour bien fonctionner, mais il est important de comprendre que chacun doit trouver celle qui lui convient le mieux. Je recommande de commencer par ce système et de l’ajuster au fur et à mesure. Il y a toujours place à l’amélioration et à l’optimisation, et il est important de vous donner dès le départ une bonne méthode d’étude qui pourra s’adapter à tous vos besoins futurs. Si vous avez des questions sur l’utilisation d’Anki, YouTube contient une abondance de vidéos sur le sujet. Je recommande en particulier les deux chaînes YouTube Med School Insiders et Glutanimate.

Si Anki peut sembler très intimidant pour les débutants, je vous promets que si vous y consacrez le temps et les efforts nécessaires, vous serez récompensé par un excellent système d’étude qui vous permettra de mémoriser facilement de grandes quantités d’informations.

Justen, étudiant mentor

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